RDC–Afrique du Sud : vers une nouvelle architecture de coopération industrielle africaine 

Source : UDC

À l’heure où l’Afrique cherche à renforcer sa souveraineté économique et à mieux valoriser ses ressources, la coopération Sud–Sud apparaît comme un levier décisif pour accélérer l’industrialisation du continent. C’est dans cette perspective que Fonds de Promotion de l’Industrie et le Department of Trade, Industry and Competition ont organisé à Kinshasa, du 2 au 6 février, une mission économique de haut niveau entre la République démocratique du Congo et l’Afrique du Sud. Plus qu’un forum d’affaires, cette initiative a posé les bases d’une nouvelle architecture de coopération industrielle fondée sur l’investissement productif, le transfert de compétences et la création de valeur locale.  

Dès l’ouverture des travaux, le Directeur général du FPI, Hervé Claude Ntumba Batukonke, a donné le ton. Pour lui, cette mission marque une rupture avec les logiques d’échanges déséquilibrés longtemps dominées par l’exportation de matières premières brutes. Le message est clair : la RDC veut désormais attirer des partenaires engagés sur le long terme, capables de participer à la transformation locale des ressources, à la montée en gamme de son appareil productif et à la structuration de chaînes de valeur africaines intégrées.  

Cette ambition s’inscrit dans une dynamique institutionnelle plus large. Le FPI, conçu comme un instrument public de financement de l’industrialisation, entend jouer un rôle de catalyseur entre l’État, les investisseurs et les opérateurs économiques. En se positionnant comme facilitateur de projets structurants, l’institution congolaise cherche à renforcer l’attractivité du pays tout en sécurisant les investissements. Le forum de Kinshasa a ainsi servi de plateforme de dialogue entre autorités publiques, entreprises privées, experts sectoriels et partenaires financiers. 

Le premier axe fort de cette mission a porté sur l’industrie pharmaceutique, un secteur devenu stratégique depuis les crises sanitaires mondiales. Les échanges ont mis en évidence l’urgence de renforcer la production locale de médicaments en RDC, alors que près de 80 % des produits pharmaceutiques en circulation restent exposés à des risques de qualité ou de traçabilité. Le ministre Roger Kamba a rappelé que le développement d’une industrie pharmaceutique nationale ne relève pas seulement de la santé publique, mais aussi de la souveraineté industrielle.  

Au-delà du constat, les discussions ont permis d’identifier des leviers concrets : modernisation des unités de production, amélioration des normes de contrôle, renforcement des capacités logistiques et meilleure coordination entre acteurs publics et privés. Le secteur pharmaceutique a ainsi été présenté comme un exemple de filière à fort impact social, capable de créer de l’emploi, de réduire la dépendance extérieure et d’améliorer l’accès des populations à des produits de qualité. 

Le deuxième temps fort du forum a concerné l’agro-industrie, secteur clé pour la diversification de l’économie congolaise. Alors que la RDC dispose d’un immense potentiel  agricole, les débats ont souligné que ce potentiel reste encore largement sous-exploité faute d’investissements ciblés, de logistique performante et de données fiables sur les sols. Le ministre Muhindo Nzangi a insisté sur la nécessité de développer localement des intrants agricoles, notamment les engrais et pesticides, afin de réduire la dépendance aux importations et d’améliorer la productivité.  

Mais l’un des enseignements majeurs de ce panel réside dans la centralité de la donnée. Les participants ont souligné qu’aucune modernisation agricole durable ne sera possible sans une cartographie numérisée des sols à l’échelle nationale. La maîtrise de cette information apparaît aujourd’hui comme un actif stratégique : elle permettrait de réduire les risques, d’optimiser l’utilisation des intrants, d’orienter les investissements et de renforcer la rentabilité des projets. En d’autres termes, la transformation agricole congolaise dépend autant des infrastructures physiques que de l’intelligence des données. 

Cette approche intégrée de l’industrialisation a trouvé une illustration concrète lors de la visite des Zones Économiques Spéciales de Zone Économique Spéciale de Maluku et de Zone Économique Spéciale de Kin-Malebo. Cette immersion sur le terrain a permis à la délégation sud-africaine de constater les avancées réelles de la RDC en matière d’accueil des investissements industriels.  

Loin des discours théoriques, les investisseurs ont pu visiter des unités de production opérationnelles dans les secteurs des matériaux de construction, des boissons et de la transformation industrielle. Les témoignages d’entreprises déjà implantées ont contribué à crédibiliser le message porté par les autorités congolaises : la RDC n’est plus seulement un marché de potentiel, elle devient progressivement un territoire d’opportunités industrielles tangibles. 

Le rôle des institutions d’accompagnement a également été déterminant. Agence Nationale pour la Promotion des Investissements et l’Agence des Zones Économiques Spéciales ont mis en avant les mécanismes d’incitation fiscale, douanière et administrative destinés à rassurer les investisseurs. Cette approche coordonnée traduit une volonté de créer un environnement plus lisible, plus attractif et plus compétitif. 

Côté sud-africain, la présence de Parks Tau et d’une cinquantaine d’hommes d’affaires a donné à cette mission une portée stratégique particulière. L’Afrique du Sud, puissance industrielle du continent, apparaît comme un partenaire naturel pour accompagner la montée en puissance de l’industrie congolaise, notamment dans les secteurs à forte intensité technologique.  

Au terme des travaux, les deux parties ont convenu de renforcer leur partenariat à travers la mise en place d’un conseil d’affaires conjoint et d’autres mécanismes de suivi. Cette décision est essentielle : elle traduit la volonté de passer d’une logique événementielle à une logique de résultats. 

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